La position des éditeurs sur les agents littérairesP.O.L.P.O.L commence par une anedocte : en 1987 ou 1988, un agent littéraire qu'il connaissait lui annonce qu'il représente désormais un des auteurs publiés par P.O.L pour ses romans, mais qu'il lui laisse la poésie ! Résultalt, le nouvel éditeur des romans de cet auteur a fait faillite (notamment à cause de l'important à-valoir demandé par l'agent) et l'auteur est revenu chez P.O.L.
Les agents littéraires sont légion dans les pays anglo-saxons. Mais, il faut faire la différence entr le copyright anglo-saxon qui met en avant le droit de diffusion des oeuvres et le droit d'auteur français, très protecteur au niveau du droit moral de l'auteur (cf. loi 1957, loi 1985 et Code de la Propriété Intellectuelle).
De ce fait, les agents littéraires sont moins nécessaires dans notre pays.
P.O.L a déjà travaillé avec des agents littéraires qui ont seulement un rôle régulateur et qui permettent de discuter avec les homologues étrangers.
Les agents littéraires apportent les manuscrits aux éditeurs, mais l'auteur ne sera pas forcément publié. Un agent littéraire prend 15% voire 20% sur toutes les transactions, en plus des frais divers (frais postaux par exemple). Un éditeur prend 50% des droits de vente, mais cela se négocie. Par exemple, P.O.L affirme laisser les droits cinéma aux auteurs qui ont déjà travaillé pour le cinéma (écriture de scénarios).
P.O.L a choisit d'illustrer ces propos par un exemple réel.
Soit trois livres publiés chez P.O.L :

Pour P.O.L, l'agent littéraire n'est pas nécessaire pour la vente à l'étranger : exemple de Truismes de Marie Darrieussecq http://www.pol-editeur.fr/catalogue/fichelivre.asp?Clef=482 pour voir la liste de toutes adaptations à l'étranger).
En fin de compte, P.O.L ne travaillera jamais avec des agents littéraires car ils remettent en cause l'équilibre et le fonctionnement de la chaîne du livre et conduisent à une édition à deux vitesses comme aux Etats-Unis où les auteurs non-rentables sont poussés vers les small press (dont le but n'est pas de faire des profits) et les presses universitaires : diffusion et distribution plus faibles. Seuls les livres « rentables » (les best sellers) sont bien diffusés.
P.O.L insiste également sur le fait que l'éditeur montre et promeut la totalité de son catalogue (en mettant en avant les nouveautés évidemment) lors de ventes de droits. Un agent littéraire ne soutient son auteur que pendant 18 mois alors qu'un éditeur montre les précedents livres de l'auteur (même de plus de 10, 20 ans).
Actes SudL'argent des droits vendus sont indispensables pour une maison d'édition car ils permettent de financer d'autres ouvrages « non-rentables ».
Les maisons d'édition importantes ont un service de droits étrangers qui fait le même travail que les agents littéraires. Il ne faut pas rougir des résultats de l'édition française à l'étranger avec ce système actuel. Il ne faut pas parler de retard ou d'exeption culturelle française.
Il n'y a pas de retard : les résultats honorables le prouvent puisque le français est la langue la plus traduite après l'anglais et la première langue traduite aux Etats-Unis.
Actes Sud n'est pas hostile aux agents littéraires : ils ont de bons échanges professionnels avec eux. Mais, certains agents littéraires, sous prétexte de défendre le droit d'auteur, exagère en parlant de « terrorisme » des éditeurs et en réduisant les durées de contrat. En effet, les agents littéraires veulent des contrats de 5 ans avec les éditeurs, au-delà desquels il faut renégocier avec de nouveaux à-valoir : si les résultats des ventes ne sont pas bons, les contrats risquent de ne pas être reconduits. Est-ce vraiment agir pour le bien de l'auteur ? Un éditeur agit pour la pérennisation de l'oeuvre de l'auteur.
Enfin, Elisabeth Beyer évoque le phénomène de bestsellerisation dont les agents littéraires sont les chevilles ouvrières.
La réponse des agents littéraires
Pierre AstierLes auteurs publiés chez P.O.L ont de grandes chances d'être publiés à l'étranger car P.O.L s'implique lui-même beaucoup dans la vente de droits à l'étranger. Mais, les autres éditeurs en ont-ils les moyens ? Dans ce cas, les agents littéraires sont nécessaires.
Pierre Astier insiste sur le fait que, à part la commission de 10% à 20%, son agence ne facture aucun autre frais à l'auteur. Elle se charge donc des frais divers évoqués par P.O.L.
Marie-Sophie du MontantElle travaille gratuitement jusqu'à ce que l'auteur soit placé chez un éditeur, ce qui peut durer plusieurs mois. Le but d'un agent littéraire, c'est de :
- négocier les contrats de façon à ce que tous les partis soient satisfaits
- instaurer une relation de confiance avec les éditeurs
- installer l'auteur dans une véritable politique éditoriale
- ne pas pas détruire la relation privilégiée entre l'auteur et l'éditeur.
Le point de vue des auteurs
Zoé Valdés Pour publier son premier roman, elle a fait le tour des maisons d'édition à Paris. Actes Sud l'a d'abord refusée avant de changer d'avis la même semaine parce qu'un ami de Zoé Valdés, qui connaissait quelqu'un chez Actes Sud, avait parlé en sa faveur : cet ami-là a joué le rôle d'un agent littéraire.
Arrivée en France, elle a été obligée de travailler pour vivre même si elle commençait à être connue.
Elle a suivi son représentant chez Gallimard, Jean Mattern, directeur des droits étrangers, avec qui elle entretient une relation très personnelle. Néanmoins, Actes Sud a toujours les droits de certains livres de Zoé Valdés qui continue de travailler avec la maison d'édition, notamment sur une petite collection.
Gilles Del PappasGilles Del Pappas a connu une dizaine d'éditeurs dont 30% sont des escrocs et 30% des incapables. Les agents littéraires sont indispensables face à l'exagération et la malhonnêté des éditeurs. Il est dangereux pour un auteur d'avoir un seul éditeur, car ce dernier peut être racheté par un grand groupe et l'auteur ne saura plus à qui s'adresser. Avoir plusieurs éditeurs permet d'avoir plusieurs champs d'éditions (romans, poésie, ouvrages pratiques...) et plusieurs regards.
La seule façon de contrôler les ventes des livres, c'est la bonne foi de l'éditeur. L'agent peut défendre l'auteur qui n'est pas armé pour négocier un contrat. Les agents littéraires sont des protecteurs, des conseillers. Pour Del Pappas, P.O.L a une vison angélique de la relation entre auteur et éditeur.
La réponse des éditeurs
P.O.LIl est important pour un auteur d'avoir un seul éditeur pour la visibilité de son oeuvre. Lui-même rachète les droits de tous les livres d'un même auteur.
P.O.L veut travailler directement avec les auteurs, sans intermédiaire.
Concernant l'honnêté des éditeurs, P.O.L rappelle que les comptes sont vérifiables et vérifés et qu'un éditeur malhonnête se révèle toujours.
Intervention de quelqu'un du public : Certains éditeurs ne sont même pas déclarés !
Actes SudL'éditeur n'est pas l'ennemi de l'auteur ! Un auteur n'a pas besoin de se défendre ! Certains auteurs représentés par des agents littéraires finissent par confier à Actes Sud leurs droits : rapport de confiance et de collaboration.
Concernant les contrats d'édition
P.O.LIl y a des règles législatives sur les droits d'auteurs mais également des évolutions et des adaptations.
Exemple du droit de suite : P.O.L demande à ses auteurs de lui présenter ses prochains livres (trois livres dont celui déjà publié, donc en réalité deux livres). Au bout de trois livres publiés, l'auteur peut partir. Mais, en réalité, l'auteur peut partir avant car il est difficile de travailler ensemble si l'on ne s'entend plus.
A la signature du contrat, P.O.L conseille à l'auteur de lire le contrat avec un avocat.
Actes SudIntervention de Laurence Caillieret qui s'occupe des droits chez Actes Sud : les contrats d'édition sont des contrats types établis dans le cadre du SNE et adaptés par rapport aux dernières avancées.
Marie-Sophie du MontantUn agent littéraire n'est pas là pour piller l'éditeur. Ce n'est pas à l'auteur d'aller négocier son contrat : l'écrivain écrit, l'agent négocie (c'est la même chose pour les acteurs et leurs agents). L'agent n'est pas là pour prendre les meilleurs auteurs et les vendre au plus offrant. L'agent choisit les textes pour lesquels il est à 100% et choisit un éditeur selon le genre du texte. Il ne devrait pas y avoir de droit de suite car il n'y a pas de raison que le livre suivant ne soit pas publié chez le même éditeur si tout s'est bien passé.
Gilles Del PappasL'auteur ne peut négocier son contrat car il est qu'amateur en la matière. De plus, l'agent connaît tous les goûts et les domaines des collections et des maisons d'édition : il peut orienter l'auteur.
Concernant le contrat de l'agent littéraire
Marie-Sophie du MontantLe contrat de l'agent littéraire protège énormément l'auteur. Ce contrat est renouvelé automatiquement. Du Montant ne facture pas les frais divers. Elle reçoit environ dix manuscrits par semaine et espère toujours la « perle » (bestseller) évidemment.
Pierre AstierSon agence établit avec les auteurs des contrats de 18 mois, vérifiés par des avocats et renouvelés automatiquement.
Conclusion
Pierre Astier : concernant la situation des agents littéraires en FrancePierre Astier trouve ridicule les réactions du SNE qui se réunit face à « l'émergence » des agents littéraires alors qu'il y en a très peu en France. Le Salon du Livre de Paris refuse d'installer un stand de vente de droits car il refuse les agents littéraires. Pourquoi ? En Italie et en Espagne, il y a beaucoup d'agents littéraires et cela marche bien. Rejeter les agents littéraires français, c'est la porte ouverte aux agents littéraires étrangers pour des auteurs français. Ce qui fait que les éditeurs doivent aller à l'étranger pour acheter les droits d'un auteur français ! De plus, les agents américains (notamment) pratiquent les « ventes aveugles »qui consistent à faire monter les enchères en exigenant que les éditeurs ne lisent pas le livre avant de l'acheter.
En France, les fonds éditoriaux sont menacés car ils passent sous des grands groupes : les auteurs ne savent plus qui sont leurs interlocuteurs. Un jour, les auteurs n'auront plus P.O.L en face d'eux.
L'agent ne détient pas les droits, il ne fait que représenter les auteurs. Il a un rôle culturel important : par exemple, ce sont des agents littéraires qui ont « créé » la littérature indienne actuelle.
Enfin, la langue française est peut-être la deuxième à être traduite dans le monde, mais ça ne veut pas dire qu'il y ait un nombre important de lecteurs, mais qu'il y a beaucoup de livres subventionnés à petit tirage.
Actes Sud La perte des droits pour une maison d'édition a des effets considérables sur son fonctionnement. La gestion des droits est capitale pour une maison d'édition indépendante. Il s'agit de la défense d'une diversité éditoriale.
Réactions du publicCe sont surtout des auteurs qui se sont exprimés.
Un auteur explique que les auteurs sont les seuls à ne pas vivre de leur métier dans la chaîne du livre. Et pourtant, ils font vivre la chaîne du livre ! L'auteur doit être au centre. Réponse d'Actes Sud : la maison d'édition ne vit pas d'un seul auteur et certaines oeuvres sont déficitaires.
Une auteure évoque le « microcosme parisien » : elle a envoyé ses manuscrits à plusieurs éditeurs et un jour, une secrétaire d'édition la rappelle pour refuser le manuscrit et s'étonne qu'elle puisse écrire alors qu'elle habite en province !
Un autre auteur se positionne pour la publicité du livre à la télévision et pour le prix libre du livre et décrit la position de P.O.L comme une position du 19ème siècle.
Enfin, plusieurs auteurs évoquent le fait qu'ils ne savent ni se défendre face à l'éditeur (plusieurs étaient en procès contre leurs éditeurs), ni négocier leurs contrats. Ils ne peuvent pas vérifier les chiffres des ventes et les comptes. Réponse d'Actes Sud et de P.O.L : il faut contacter l'éditeur qui a le devoir de fournir les comptes.