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 Michael Mann ou le Cinéma de la Solitude

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Kaeron

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MessageSujet: Michael Mann ou le Cinéma de la Solitude   Ven 9 Fév 2007 - 10:47

Michael Mann est de ces réalisateurs qui ne trompent pas, de ceux qui sont immédiatement reconnaissables, tant par leur style que par la thématique qu'ils développent, de film en film. Il est aussi, justement, de par ses thèmes, un réalisateur controversé, de ceux qu'on aime, ou qu'on déteste, sans véritable juste milieu. Ses films sont hissé au rang de chef-d'oeuvre ou tout simplement conspués... Autopsie d'un génie (enfin, selon moi en tous cas...).

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Michael Kenneth Mann est né le 5 février 1943 à Chicago, dans l'Illinois. Après des études à la London International Film School, il entame sa carrière en travaillant dans le documentaire, avant de rejoindre la télévision en tant que scénariste pour la série Starsky & Hutch. Il dirige un premier téléfilm en 1979, The Jericho Mile, suivi deux ans plus tard par son premier film cinéma : Thief (Le Solitaire). Il enchaine avec The Keep (La Forteresse Noire) en 1983 et crée dans la foulée la série culte Miami Vice. Il crée, toujours pour la télévision, la série Crime Story qui fut un échec, mais redresse la barre avec l'incroyable Manhunter (Le Sixième Sens) en 1986, adaptation du livre Red Dragon de Thomas Harris, et premier volet de la trilogie de Hannibal Lecter, dit Hannibal le Cannibale. Il dirigera ensuite L.A. Takedown en 89, un téléfilm qui annoncera son premier grand chef-d'oeuvre, Heat, 6 ans plus tard, en introduisant certains de ses personnages. Entre temps, c'est un autre grand film qui voit le jour : The Last Of The Mohicans (Le Dernier Des Mohicans), en 1992, est l'adaptation de la fresque historique dressée par James Fenimore Cooper.

En 1995 donc, Heat marque un changement radical chez Michael Mann. Si son cinéma avait été jusqu'alors très "conventionnel" d'un point de vue formel, il va devenir dès lors très stylisé, et va ancrer un bonne fois pour toutes le "style Mann" : longues focales, caméra portées, personnages décadrés dans un cinémascope aux cadres subtils et complexes. Sa mise en scène se sublime d'elle même. Mann persiste et signe avec The Insider en 1999, puis avec l'incroyable Ali deux ans plus tard, biopic inspiré sur l'ex-champion du monde, qui va aussi amortir une démarche à laquelle Mann va adhérer totalement sur ses deux films suivant : l'utilisation de la vidéo Haute Définition au détour de certains plans de nuit, qui confère au film un côté documentaire que le sujet même du film induisait.

La nuit, autre sujet de prédilection de Mann, qui sera transcendée par la HD dans Collateral en 2004, puis, tout récemment dans Miami Vice, reprise pour le grand écran de sa propre série.

La nuit, donc, mais avant tout, la solitude. LE thème de Mann par excellence. Tous ses personnages sont de grand solitaires, condamnés à un moment ou à un autre du métrage à faire un choix Cornélien, Shakespearien même : leur devoir, leur honneur, confronté à leurs désirs, leurs fantasmes, leurs rêves... Le choix d'Hamlet, en somme.

Sans pour autant remonter à son premier long métrage (dans lequel un voleur doit faire face à la mafia), parlons un peu des personnages de Mann, a partir du Dernier Des Mohicans. Dans ce film, Nathaniel "Hawkeye" Poe est tiraillé entre sa culture d'origine (il est anglais, bien que Mohican d'adoption), et sa culture "sentimentale". De plus, il va devoir aussi faire face à la femme qu'il aime.

Heat présente une dualité dans cette thématique. D'un côté, Vincent Hannah (Al Pacino), flic obsessionnel que son métier enlève à sa famille et à ses obligations de mari et de père (qui vont fatalement lui revenir en pleine figure). Tout ça à cause de Neil McCauley, bandit de haut vol avec lequel il joue au chat et à la souris, lui même tiraillé entre l'amour qu'il porte à Eady et son honneur de malfrat, un de ses hommes - Waingro - l'ayant doublé au début du film, puis trahi en le dénonçant à la police.

Revelations est lui aussi marqué par une dualité. Cette du Dr. Jeffrey Wigand, scientifique ayant travaillé pour une grande firme de tabac, à la fois obligé au silence et insulté dans son honneur par une clause de confidentialité, et de Lowell Bergman, journaliste désireux de porter l'affaire au grand jour, mais soucieux du "confort moral" d'un homme qui est, petit à petit, devenu son ami.

Ali, quant à lui tiré d'une histoire réelle (tout comme Révélations d'ailleurs), dépeint la vie du boxeur Cassius Clay / Mohammed Ali, champion du monde des poids lourds de 1964 à 1980 année ou il conquit le titre mondial pour la 4e fois (un record). Un homme définitivement seul, bien que très entouré, et dont l'engagement envers sa religion (la Nation Of Islam lui donna le nom de Mohammed Ali après son premier titre mondial en 1964) le pousse à refuser de partir pour le Viêt Nam afin d'accomplir ses obligations militaires. Dès lors, il ne vivra que pour son art, malgré les années de déboires qui s'en suivirent (on lui retire en 1967 sa ceinture de champion du monde et sa licence de boxeur et on le condamne à 5 ans de prison - retirés en appel 3 ans plus tard).

Collateral marque donc un virage stylistique de la part de Mann, qui donc utilise la HD comme support intégral. Toutefois la thématique dela solitude reste pregnante dans ce film où un chauffeur de taxi méthodique et consciencieux, Max (Jaimie Foxx) se fait prendre en otage par un tueur froid et calculateur, Vincent (Tom Cruise). Ce rapt l'obligera, malgré ses peurs légitimes, à se surpasser, à devenir un "surhomme", afin de contrer Vincent.

Le véritable changement thématique viendra avec son dernier film, sorti il y a peu, Miami Vice. Véritable arlésienne, Mann aura mis plusieurs années à concrétiser ce projet, qui malgré un aspect formel très différent de la série (et heureusement, serais-je tenter d'ajouter), entretient avec elle beaucoup de points communs, que ce soit dans l'utilisation de la musique, ou dans l'ambiance générale du film. Toutefois, pour la première fois, Mann oublie quelque peu sa thématique du solitaire, en dépeignant une équipe de flics sous couverture. Et même si Sonny (Colin Farrell) doit faire une fois de plus face à un choix difficile, ça n'est pas, cette fois-ci, le point important du film.

Pour conclure, nous pourrons dire que le cinéma de Mann divise parce qu'il est parfaitement atypique : loins des conventions hollywoodiennes, le cinéma de Mann est hyper réaliste, millimétré, et manque, dans sa trame, de véritables enjeux. Il n'est pas question de voir un personnage achèver une quète, mais de le voir se débattre avec ses doutes, ses craintes... Du coup, c'est paradoxalement difficile de s'identifier à ses personnages, pourtant si proches de nous, d'une certaine forme de réalité. C'est probablement là que le bât blesse : habitués aux archetypes du cinéma et de la fiction en général, on éprouve le plus grand mal à se retrouver dans personnage tangible...

On pourra aussi remarquer que Mann, toujours depuis Heat, n'utilise que très peu de musiques composées pour le film, et lui préfère une tracklist de chansons existantes, leur laissant la parole dans de longues séquences où seules la musique et les images ont leur droit, sans bruitage. La séquence du coyote de Collateral est à ce propos un cas d'école, les paroles de la chanson étant un reflet immédiat du conflit interne animant Max...

Bref, un réalisateur incroyable, doublé d'un des plus grands directeurs d'acteurs qui soient (arriver à rendre Will Smith, Tom Cruise, et Colin Farrell aussi bons était à n'en pas douter une gageure...), un producteur et un scénariste accomplis. Du vrai, du beau cinéma d'auteur, n'en déplaise à notre fierté franco-française.


Dernière édition par le Ven 9 Fév 2007 - 17:53, édité 1 fois
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Séverine
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MessageSujet: Re: Michael Mann ou le Cinéma de la Solitude   Ven 9 Fév 2007 - 14:14

J'ai tout lu cheers

J'ai honte, je ne fais pas souvent gaffe au nom du réalisateur du film que je regarde Embarassed
En tout cas, j'ai vu plusieurs de ces films et je les ai bien aimés. Au moins maintenant, je saurai Laughing (A quand un Comment parler des films que l'on n'a pas vus ? Laughing )
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Kaeron

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MessageSujet: Re: Michael Mann ou le Cinéma de la Solitude   Ven 9 Fév 2007 - 18:08

Barf, rassure toi, c'est le cas de la plupart des spectateurs de cinéma : beaucoup vont voir "le dernier film de Tom Cruise" sans tellement se soucier de qui est aux commandes.

Ce qui est d'ailleurs un peu normal, dans une certaine mesure. Le cinéma est un "art" populaire, qui appelle donc une culture de masse. De plus, il est évidemment plus facile pour le spectateur de s'identifier à un acteur, qu'il verra, qu'à un réalisateur, dont il ne connait le visage qu'une fois sur cent.

Vous me direz : quid du livre, qui est lui aussi un art populaire (dans une certaine mesure) ? L'avantage du livre sur le film est simple : la seule star d'un livre, c'est son auteur, là où le cinéma multiplie les célébrités, afin d'assurer au film une certaine pérénité. Comme je le disais, on va voir le dernier Tom Hanks, le dernier Brad Pitt, mais on va lire le dernier Harlan Coben ou le dernier Bernard Werber... Difficile de lire le dernier "Phileas Fogg" Wink

Quand aux "films que l'on n'a pas vus", c'est très simple, il suffit de regarder attentivement une bande annonce, et d'en tirer des conclusions hâtives. Enfin, il faut avoir un certain aplomb en affirmant "ouais pffff ce film est nul" ou encore "c'est le film de l'année".

Par exemple, 300 de Zack Snyder, même s'il ne sort qu'au mois de mars, est sans conteste le film de l'année (ce qui me fait penser que j'ai un article s'en approchant à écrire Razz).

Bon après si le film est mauvais, faut assumer aussi Very Happy
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Nelly
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MessageSujet: Re: Michael Mann ou le Cinéma de la Solitude   Sam 10 Fév 2007 - 10:26

Ben je fais partie de ceux qui adorent ^_^

Et je dois dire que vous êtes maîtres dans l'art de parler des films que l'on a pas vus... Razz
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